Comme promis, je reprends mes petites chroniques, mes souvenirs d'enfance qui feront peut-être écho aux vôtres. 

Vous rappelez-vous votre première paire de chaussures, le plaisir ou l'ennui que vous aviez à les étrenner puis ensuite à les porter ? J'avais cinq ans et je rêvais de souliers vernis comme ceux qu'exhibait fièrement une petite copine de la maternelle!

A l'occasion de mon anniversaire, je reçus les chaussures de mes rêves. Elles comportaient une bride bombant sur le dessus du pied, ce qui me semblait être le summum de l'élégance.

Je les portais avec des chaussettes blanches en coton à trou-trou, imitant la dentelle, et j'en prenais soin moi-même, les enduisant de beurre pour les faire briller, ainsi que me l'avait montré ma grand-mère.

Je n'étais pas peu fière, le dimanche, de me promener en arborant mes chers souliers. Je ne voulais plus les quitter, même quand nous montions à la ferme du grand-oncle, sur les hauteurs de la ville de Givors où nous habitions alors. C'était la liberté, en compagnie des animaux et des grands cousins de ma mère.

J'appréciais la compagnie des vaches, de leurs veaux, des chèvres, surtout, et d'un bouc haut encorné appelé Toto qui se laissait approcher par moi comme un chien. 

Un dimanche, habillée d'une robe en organdi et chaussée de mes souliers vernis, malgré les mises en garde, je me rends à l'étable. Mais elle était vide. Tout à côté se trouvait la fosse à purin, pas très profonde mais nauséabonde. Elle était délimitée par un muret de ciment. Je décide d'en faire le tour à cloche-pied et… ce qui devait arriver, arriva !

Mon pied droit manque la bordure. Ma jambe plonge dans la fosse. Mais glapissements alertent la famille. On me tire de ma fâcheuse posture, mais ma chaussure droite est fichue.

J'ai beaucoup pleuré la perte de mes jolis souliers, et je n'ai obtenu que des années plus tard d'en avoir de nouveaux de ce genre. Mais mes pieds avaient grandi, ce n'était pas aussi joli, la bride n'était plus à la mode et le charme s'était dissipé.

Désormais je préférais les sandalettes blanches, à qui l'on redonnait leur pureté à l'aide d'une pâte qui ressemblait à un dentifrice.