Fonds baptismaux

Hector a été baptisé sur ces fonds baptismaux de l'église Saint André

 

 

Reprenons le fil du récit… Voici venir les temps difficiles, inhérents à chaque vie. On est enfant, on est jeune, on fait des projets, les rêves si on a de la volonté deviennent des buts qui sont atteints… Il y a l'amour, et parfois la gloire, et la vieillesse vient… rares sont les vies qui se terminent en apothéose… Les deuils accablent Hector. Nanci et Adèle, ses soeurs chéries, disparaissent. Puis c'est au tour de son fils Louis, frappé à trente-trois ans par la fièvre jaune dans le port de la Havane. Quoi de plus horrible de survivre à un enfant ? Marie Recio n'est plus, ses amis s'en vont à leur tour. Hector accablé a besoin d'amour, il reprend contact avec Estelle, qui vit désormais chez un de ses fils, à Saint Symphorien d'Ozon. Eternel rêveur, il s'imagine finir sa vie avec son premier amour. Plus âgée que lui, Estelle calme l'incorrigible romantique : elle offre une amitié, et une correspondance. À cette époque, les femmes étaient de vieilles dames très tôt ! 

Désabusé, en proie plus que jamais à sa "névrose intestinale", Hector s'affaiblit. Il s'éteint le 8 mars 1869, alors que la sève monte dans les noyeraies de son pays natal et que le blé grandit dans la glèbe dauphinoise constellée de galets.

Son énorme correspondance et son aubobiographie, Les Mémoires, nous apportent des précisions sur cette vie exceptionelle, dont on peut aussi retrouver le témoignage dans la maison où il a grandi, aujourd'hui un musée. 

 

Une dernière anecdote : à son retour d'Italie, Hector, beau jeune homme aux traits fins et à la crinière abondante, s'est arrêté à la Côte Saint André. Il fait un temps affreux, il pleut des cordes. Mais Hector a envie de se promener. Il demande à sa cadette de l'accompagner. Bien sûr Adèle accepte, lui demandant de l'attendre pendant qu'elle chausse des galoches, bien appropriées à ce temps. Nanci, l'aînée, les raille gentiment. Elle les traite de fous, "capables d'aller patauger dans la campagne par un temps pareil !" Hector et Adèle n'en ont cure, et s'en vont, rapprochés sous un grand parapluie.

"Adèle et moi, dans la plaine, relate Hector dans ses Mémoires, nous fîmes près de deux lieues, serrés l'un contre l'autre sous le parapluie, sans dire un mot. Nous nous aimions !"

Quand je me promène à l'est de la petite ville, mes pas se dirigent parfois aux alentours du pavillon de plaisance où la mère d'Hector l'a désavoué par ces mots terribles : "Tu n'es plus mon fils ! Je te maudis !" On l'appelle ici le pavillon de la malédiction. Mais, souvent, les paroles dépassent la pensée et le coeur maternel finit par s'adoucir après le succès de la Messe Solennelle écrite par l'enfant terrible.

J'aime entraîner mes amis de passage dans la maison d'Hector, le musée, rue de la République. J'aime m'attarder dans sa chambre où il a rêvé, travaillé, espéré. Que penserait l'enfant prodige qu'il revenait aujourd'hui ? Serait-il étonné par l'extraordinaire ferveur que lui portent les gens d'une ville, d'une région qui ne croyaient pas en lui ? Mais c'est encore au sein de la nature que je retrouve le mieux cet enfant farouche, à la crinière presque rousse, aux yeux clairs de voyant, cet enfant au coeur trop sensible qui déclarait plus tard :  "La musique et l'amour sont les deux ailes de l'âme !"