D'abord une photo, pour vous parler de la Halle, si ancienne, et je crois l'une des plus grandes de France. Cette halle, Hector l'a connue. Il s'y tenait des marchés célèbres. Le marché hebdomadaire s'y tient toujours le jeudi.

Dans les débuts du festival Berlioz, on y donnait les concerts, qui ont lieu à présent dans la cour du Château Louis 11, sous chapiteau géant. Mais il y a toujours quelques représentations gratuites, pour le plaisir des côtois.

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Pour en revenir à Hector, il s'ancre dans sa détermination. Que lui importe ce que les autres pensent ! Nul n'est prophète en son pays, dit-on. Notre bouillant jeune homme n'est pour le moment pas plus apprécié dans son fief natal qu'en la capitale ! Il sait ce qu'il veut, lui, même s'il souffre de l'incompréhension de ses parents.

Heureusement il y a ses soeurs Nanci et Adèle, leur courrier régulier plein d'encouragements ! Toute sa vie, et la leur, il éprouvera pour elles une immense tendresse.

Peu de temps après son départ de la Côte, il a déjà écrit sa Messe Solennelle et à force d'acharnement parvient à la faire exécuter. Dès lors, tout se précipite, pas assez vite, certes, selon lui, toujours ardent, toujours pressé… Il réussit le concours du Prix de Rome en 1830 et lui qui l'avait tant brigué, songe presque à refuser Il s'en va, non sans réticence, séjourner à la Villa Médicis. C'est qu'il a autre chose à faire à présent, notre Hector !

En France sa carrière de compositeur et de chef d'orchestre connaît des hauts très hauts et des bas très bas ! En plus il souffre d'un mal étrange, des douleurs abdominales qui parfois le font s'aliter. Il en souffrira toute sa vie. Aujourd'hui sans doute la médecine saurait mettre un nom sur ce mal… dont il ne mourra pas mais qui l'affaiblira. Colon irritable, maladie de Crohn ? Ce sont mes propres hypothèses, pardonnez-moi si j'extrapole, mais j'ai beaucoup réfléchi moi aussi à ce sujet. On dit que le ventre est notre deuxième cerveau et qu'il affecte souvent les créateurs qui éprouvent du mal-être…

Côté coeur, ce passionné vit dans l'excès. Après la jolie Estelle aux brodequins roses, réléguée pour longtemps dans le tiroir des souvenirs de jeunesse, il tombe amoureux fou de la comédienne Harriett Smithson… son Ophélie, qui l'ignore ! Et qui est sous la coupe d'une mère despotique. Il mettra des années à la conquérir. Et quand il l'épousera enfin, après un accident dont est victime la belle, qui se brise une cheville, la pression retombe, et la relation deviendra bien calme, de son côté. Comme si désirer était plus important que posséder… L'idole tombée de son piédestal devient une femme ordinaire… Ah ! Ces hommes, ces génies surtout… 

Le ménage vit grand train et pourtant tire le diable par la queue, il n'y a jamais assez d'argent, aussi Hector écrit des articles, il devient — en plus — critique musical. On ne reconnait pas son génie, en France. "Si je vivais cent cinquante ans, déclare-t-il, je finirais par y arriver !" 

C'est à l'étranger qu'on reconnaît enfin son génie et qu'on lui donne les moyens de l'exprimer. 

à suivre